Religion égyptienne: monothéisme ou polythéisme?
 

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Les dieux de l'Egypte auront beaucoup soulevé de questions et les réponses restent sporadiques. Ce qui mit les neurones en ébullition à toutes les générations est la question : comment interpréter ce panthéon ? Pendant longtemps le dogme chrétien vit ces entités à tête animale sur un corps humain comme une représentation des démons et de l'enfer. Mais depuis la vague égyptologique qui dure depuis maintenant plus d'un siècle, on se demande plutôt si la religion égyptienne ne serait pas le berceau du monothéisme et ce que tous ces dieux représentent ?
 

Nous allons commencer par nous intéresser à l'aspect monothéiste de l'affaire. Ceux qui soutiennent que la religion égyptienne a un fond monothéiste veulent montrer que tous les dieux du panthéon égyptien ne sont que les multiples facettes d'un dieu unique, universel et mystérieux, et ne seraient en fait que les images d'un aspect de l'univers. Là ils font la différence entre ce que croyaient les théologiens antiques et ce que croyait le peuple moins initié aux mystères. Ce dernier serait en théorie plus tenté de rendre un culte à un dieu dans lequel il peut se retrouver d'où la profusion de divinités locales. 

Dans le camp des monothéistes, il y a aussi ceux qui voient l'expérience d'Akhenaton et du dieu solaire Aton comme la première fois où l'on adore une divinité spécifique. Certains remettent en cause cette idée car Akhenaton aura conservé quelques principes-dieux au moins dans son nom. Je m'explique : dans sa titulature il a par exemple fait référence à Maât, la déesse de vérité, d'équilibre et de justice. On peut donc aussi se demander : qu'est ce qu'un dieu égyptien ? En effet il y a ceux comme Maât qui personnifient un aspect du monde et il y a les dieux " conscients " tel Ré qui est indigné de la conduite des hommes, Khnoum qui crée les hommes sur un tour de potier… Mais me répondra t'on, certains peuvent être considérés aussi comme des forces créatrices ou destructives. Tout dépend de comment on voit les choses ...

 
Par contre si on revient à ce dilemme monothéiste, un fait de la période Atonienne peut corroborer cette idée. On sait que la religion de l'état se sépara nettement de celle du peuple : en effet les anciens dieux étaient adorés en cachette alors qu'Aton le dieu universel et omniprésent n'était représenté quasiment qu'à Tell Amarna. Ainsi un monothéisme déclaré n'était pas effectif. Un autre argument en faveur d'un dieu universel est la littérature égyptienne. En effet si on prend les Sagesses, on voit souvent que l'auteur en appelle à Dieu : " Ne fais pas violence car Dieu punit de la même manière ". Mais devant la multitude des dieux, les polythéistes ripostent par le fait que les Sagesses sont destinées à indiquer au lecteur comment réagir à différentes situations, et que ce Dieu est un terme universel. En effet ils supposent qu'il est laissé à l'appréciation du lecteur de choisir sa divinité. Cela peut s'appliquer à nombre de textes où le narrateur peut remercier les divinités de façon générale par ce terme. 

Les représentants du polythéisme font aussi remarquer qu'il ne faudrait peut être pas oublier l'origine protodynastique (ou prédynastique) des puissances divines. En effet les dieux tel Horus, Seth ou Osiris étaient des dieux totémiques des clans qui habitaient l'Egypte. Ils étaient souvent associés aux animaux qui peuplaient leurs terres, préfiguration des nômes. Le mythe Osirien, qui était capital sous l'Egypte dynastique, est supposé être né d'une volonté de lier ces forces divines différentes, d'origines différentes et donc impropres à être considérées comme un exemple de monothéisme de fond. De plus ces mythes peuvent montrer des dualités nécessaires. Si on regarde le voyage journalier et cyclique du Soleil Ré, on sait que la nuit, il descend dans l'autre monde sous la forme d'Atoum, le vieillard. Une fois là bas, il se fond en Osiris. On dit qu'il se forme le dieu Ré-Osiris. Cette conception permettait d'associer en un être le jour et la mort. Donc ici on observe que cet épisode met en avant deux forces antagonistes mais nécessaires toujours contraires à l'idée d'un dieu absolu.

Peut être que le fin mot de l'affaire est dans le compromis. La conception mouvante de la religion égyptienne doit être une synthèse de ces différentes idées.


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